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La piscine

photo Into the gloss

Ados, on passait nos grandes vacances dans la ville balnéaire de ma grand-mère. Petite ville comme il en existe des tas, un peu plus riche peut-être, à cause de sa raffinerie, mais qui ne paie pas de mine non plus. On a grandi à la lumière des torches qu’on voyait au loin. La plupart des gens ne les aiment pas, ça pollue, c’est pas bien, faut arrêter. Nous, on adore. Et puis ça pollue pas tant que ça, c’est pas le sud. 
 A la fin des années 90, c’était encore le terrorisme, les grandes frayeurs, mais on prenait la route chaque année. La petite maison humide était un peu excentrée, presque au milieu de nulle part ( aujourd’hui elle est au milieu de tout), juste des montagnes derrière et la mer devant. Suffisait de traverser, y avait même pas beaucoup de voitures. 
Quand ils étaient mignons, on essayait de draguer les maîtres-nageurs, mais c’était pas la fête chaque année, et on devait être un peu ridicules avec notre jeune âge dont on n’avait pas conscience.
Quand on s’ennuyait on allait embêter les couples. 
 

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Matin/Nuit

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Un jour parmi les dix derniers jours du Ramadan à Paris : Il fait un peu plus frais, je me réveille tôt et je peux ouvrir les fenêtres. Il y a déjà des touristes asiatiques qui se dépêchent de se rendre quelque part. Je me demande où, si tôt.
Un clochard, que je vois parfois, est installé au pied d’un immeuble, avec son bonnet d’hiver et son chien tout maigre. Une camionnette de services se gare à côté de lui, deux hommes en descendent et s’affairent, et le monsieur assis les suit constamment du regard.
Peu après, les employés de l’immeuble d’en face commencent à arriver en même temps, ils se font la bise dans la rue.
C’est le moment de tirer un peu les rideaux pour éviter d’être vue.


Je voudrais que la journée ne commence pas , qu’elle se limite à regarder les gens par la fenêtre. Les premières livraisons, les sales boulots, les gens pressés, les quelques uns qui rentrent.  

Très jeune vie parisienne caniculesque

 

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Jour je ne sais plus combien, jour de grande chaleur, jour à rester chez soi, mais même chez soi il fait chaud. Jour où on découvre au fond d’un placard un vieux ventilo. Dieu merci il marche, mais il faut vraiment s’y coller pour sentir la brise de l’air qui tourne. Alors on s’y colle, parfois on s’oublie et on se demande d’où vient ce bruit. Souvent ça donne mal à la tête tout ça. 

Alors on voudrait boire un grand verre d’eau avec un doliprane , mais on peut pas, c’est carême time! 
On s’endort, mais on est vite réveillé par une voisine qui joue aux cantatrices d’opéra. L’aigu de sa voix cogne contre le mal de tête. J’ai envie de crier ta guuuueeeelle, bel3iiii femek, mais je sais pas si ça se fait. C’est pas à Alger qu’on entendrait ça. Mes voisins algérois me manquent d’ailleurs, la vue du père  de famille qui traîne sur le balcon en tricoudepou blanc restera à jamais dans ma mémoire.

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Chronique R

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Comme je l’avais dit, je suis en France, et j’avais décidé de manger de la chorba en sachet!
Premier test, jour 1, avec un paquet Jumbo ramené d’Alger. Dix minutes avant 22h, je mets donc le contenu  dans de l’eau et je touille en chantant l’ancien slogan jumbooo jumboooo! l’ banaa l’banaaaaaa! heureuse qui comme Ulysse a traversé la méditerranée avec les senteurs du pays.
Résultat : Digoulasse. Un manque de goût, orné pourtant d’un étrange et vague arrière-goût d’agneau (mais c’était peut-être dans ma tête).
J’ai dû trop chanté et pas assez touillé, parce que les vermicelles sont restés au fond.
Tout ce monde a donc fini dans les canalisations, saha ftourkom!

 

Jour 2, la journée s’annonce longue, elle commence par un mal de tête. Rester au lit toute la journée, à l’abri du temps un peu chaud, des boissons fraîches sur les terrasses de café, est un doux rêve. Mais il faut sortir, s’activer, vivre.
Dans le bus, la femme en face a son rouge à lèvres qui fuit, j’hésite à le lui dire mais je me lance, ça sera ma hassana* du mois. A côté, deux lycéennes regrettent de ne pas avoir dit au revoir à leur prof de maths et se demandent ce qu’elles vont faire pour la fête de la musique. Bien qu’elles en soient un peu lassées. Elles parlent de la soirée de Marc qui coïncidera peut-être avec celle de Pauline, que faire, que faire?

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La Vie Electrique

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Que le temps a filé ! Déjà une année qui s’écoule depuis le précédent Ramadan, et tant de choses différentes.  Il y a un an, je me souviens que j’abordais le mois avec peu de sérénité, mais je crois que j’étais heureuse qu’il arrive, c’était comme un time-off, un temps suspendu où tout prend une autre teneur.

 
L’air prend une certaine lenteur, et au fil des jours, à une certaine heure de la journée, il y a quelque chose d’un peu électrisant à avoir le ventre vide. C’est le corps entier qui s’éclate avec autre chose. Je sais pas si c’est clair ce que je raconte ( je pense pas…), mais depuis quelques années, c’est le mot « grisant » qui me vient pour qualifier le jeûne à ses belles heures.
Je saurais pas l’expliquer, mais c’est une jolie sensation.

 

Sinon y a des heures moins sympas, je vais pas vous jouer le moine. Y a ces moments où tu regardes les gens en train de manger dans les séries et que t’as envie de frites, ce moment où ta gorge est tellement sèche que tu te demandes comment tu vas tenir. Tu vas au lavabo te gargariser un peu, et t’aperçois le voisin d’en face qui te mate, sauf qu’il te voit pas cracher et il te fait sa grimace « yekhi khamja yekhi » *.

 

 

Cette année, je suis en France et quand j’ai vu les horaires ( maghreb à 22h comême), j’ai eu peur. Une amie m’a même dit « j’espère que ce sont des horaires de train! ».
Mais comme le répète ma grand-mère, tout passe. Toujours énormément plus vite qu’on ne le pense, et quand c’est fini, on est déjà un peu nostalgique, parce qu’aucune atmosphère ne se récupère. Et parait qu’il faut jeûner avec des pensées positives.

 
Au delà des heures tardives ( fuck l’heure d’été -première pensée positive), ça va me faire drôle d’être seule. Je me suis habituée aux ambiances frénétiques algéroises. Le monde à la maison, les crises parce que le bourek ne frit pas, qu’est ce qui se passe, est-ce qu’on fait une pizza? ( là d’où je viens, on fait de la pizza pendant ramdane..), on a oublié de mettre le lben au frigidaire, le jour où mon père a découvert le prix de la bouteille de Schweppes qu’on achetait chaque jour, j’ suis trop fatiguée pour débarrasser, est-ce qu’on sort? pour aller où? Laisse tomber, trop d’embouteillages, pas de stationnement.
Est-ce qu’on va aux tarawih? Ah non ça c’est pas moi, pardon. De toute façon les tarawih** c’est devenu un lieu de rencontre (phrase entendue chez tout le monde)  
Et tout ce que vous avez déjà de mes ramadan stories! 

 

 

Alors avant de venir, j’ai acheté de la chorba en sachet…. Sachez qu’à Alger, on trouve beaucoup de hrira en sachet, mais peu de Chorba, why why? C’est sûrement bien dégueulasse, mais j’essaierai, et je vous tiendrai au courant! Il ya aussi de fortes chances que je reparte à Alger en courant, mais en attendant, je vous souhaite de jeûner avec sérénité et paisibilité (ça fait bien de dire ça),  et d’ignorer le reste. Le reste: Les gens qui vous cassent votre délire avec leurs remarques à deux sous, les mecs qui vous balancent fatartini*** parce que vous êtes en robe, la connasse qui vous dit qu’il faut pas mettre de mascara, l’esthéticienne qui refuse l’épilation du minou (ah conversation trépidante à vous rapporter à ce sujet), les gens trop cool qui pensent que tous les jeûneurs sont des hypocrites. Et moi qui ne sait plus où mettre l’accent circonflexe dans jêûnêr, alors que ça n’a même pas commencé.
Bon Courage! Rabi m3aknom, et moi m3akom aussi, jusque dans vos vraies chorba ;)

 

Mamzelle Namous

*It means Pauv’ fille ( restons polis…)
** Prières/lecture du Coran, à la mosquée ( d’où le lieu de rencontres ;), ou chez soi.
*** Accusation de cassage de jeûne, pour cause de sexytude, et de réaction animale.