Quantcast

Archive du mois : décembre 2010

Number two

Cette semaine, m’en fous de tout, je mets des pantalons et même pas de faux cils.

Je prends ma voiture qui est un taco et qui s’arête toute seule au milieu de la route. Les sous-dev me klaxonnent, les branchés me méprisent. Les flics ont pitié de moi, moi aussi j’ai pitié de moi.

Quand mon taco reprend l’âme, une deux chevaux m’applaudit.

Je suis pauvre, donc dans ma bagnole pas de lecteur CD et encore moins de branchement mp3 (c’est quoi ce truc d’abord ?), alors je suis condamnée à écouter mon souffle et la radio.

Quiconque a déjà écouté la radio algérienne a senti quelque chose mourir en lui. Les nanas y ont des voix stridentes et rigolent entre elles, toi tu sais pas pourquoi. Les auditeurs qui appellent sont pas des gens comme vous et moi. Visez plutôt : à un jeu genre question pour un champion (genre hein), la question est «  quel révolutionnaire français du 18ème siècle a bla bla bli bla bla bla ? » Un mec appelle et crache trop content «  Che Guevara ! ».

Là j’ai switché off.

Faut pas s’étonner qu’il y ait autant d’accidents de la route après.

Quand mes tétons et moi on se pointe au boulot, le petit vieux, qu’est mon copain maintenant, m’invite à des déjeuners. C’est sympa de sa part, faut juste qu’il s’habitue à pas m’y voir.

Sinon, les histoires continuent. Le bougre a une bougresse, ensemble ils friment. Ils friment de là où ils habitent, de là où ils vont manger (le bougre a gagné avec une entrecôte à 3500 dinars, ouais ouais ouais rien que ça) .Ensemble ils disent des phrases comme «  Tout le monde dit ça » «  Je sais » «  Moi j’ai un cousin » « Ma cousine » «  Moi je connais des gens au Ministère qui savent ».

L’aprèm en rentrant je m’arête pas chez le marchand de DVD parce que le flic m’a a l’œil.

J’arrive trop tôt à la maison et je trouve ma mère au lit avec le jardinier. C’est une blague, j’habite en Algérie, les mères font pas ça. Je trouve ma mère avec les cheveux plein d’huile parce qu’elle avait mal au crâne et que la femme de ménage lui a dit que c’était efficace l’huile. Hein? Ouais.

 

C’est la fête, je sors avec mon grand frère et ses potes. Resto mexicain d’Alger (le seul), bouffe libanaise, chanteur français, public en délire. Tout ça au même endroit. Hein? Ouais.

 

Mamzelle Namous

 

 

« Jeune vie algéroise »

Le matin tu te lèves, tu choisis tes vêtements. Faut pas que la jupe soit trop courte, sinon tes collègues vont la raccourcir du regard. Faut pas que tes bas soient trop fins, parce que t’as pas pu aller chez l’esthéticienne. Elle avait trop de monde pour te prendre, toutes ces filles voilées que tu vois dans la rue prennent soin de leur intérieur.

Tu prends ta voiture, tu roules doucement parce que les flics t’ont à l’œil. Un chinois te klaxonne pour aller plus vite, ils s’y mettent eux aussi.

Un flic t’arête, tu sais pas pourquoi. T’inquiète pas, il trouvera pourquoi.

Te voila repartie avec supplications et sanglots.

T’arrives au travail, tu pointes. Pas tes tétons, ta présence. Badgeuse plus empreinte digitale, rien que ça.

Tu marches tranquille dans le couloir quand un petit vieux t’aborde. Le voilà qui connaît tes dossiers et le voila qui veut travailler avec toi. Travailler en groupe.

Parce qu’en Algérie, on ne travaille pas assez en groupe qu’il te dit. Tu dis oui, tu parles bien, et ensuite tu le critiques avec tes jeunes et beaux collègues. Enfin beaux, je dis ça parce que je suis gentille et pas trop regardante par certains matins.

Après 3 heures à mailer, à poster, à commérer, à travailler un peu quand même, à poser des questions, à livrer des sourires, à remonter tes bas, c’est l’heure de déjeuner.

T’as de la chance, t’as le choix.

Tu vas dans un resto (fast food avec des tables et des fourchettes) avec tes collègues que tu trouve moches. Il est midi, t’as ouvert les yeux, t’as faim, t’es fatiguée.

Les vlà qui parlent politique, les vlà qui dénoncent, qu’avant c’était mieux, que c’est voulu, qu’on nous ment. Qu’on a du pétrole, mais qu’on fait rien avec. Que même le Maroc il est mieux que nous. Là ton sourcil se soulève, et le bougre il a vu ton geste.

Le vlà qui a pas avalé son bout de pizza crevette et qui te sort «  Non mais t’y es allée au Maroc récemment ? » « T’as vu comment ça brille là bas ? »

Non, j’ai pas vu le Maroc mais le bouffon m’a pas convaincu.

Le bouffon m’énerve. Le bouffon me dégoute.

Tu manges, tu les écoutes, tu souris de temps en temps, tu hoches la tête, t’en places une parce que t’es un peu hypocrite. Mais t’es plus vraiment là, t’es à la campagne, t’es dans ton lit, tu mates une série, t’es en train de mourir de rire avec ta petite sœur. T’es ailleurs.

L’aprèm dans ton boulot, t’es encore plus loin qu’ailleurs, tu dors.

17h , ruée vers l’or. Celui qui reste une minute de plus c’est celui qui fayote.

Tu rentres, tu sais même plus quoi répondre quand on te demande comment s’est passé ta journée.

Tu regardes même plus la télé parce que sérieusement y a quoi à la télé ?

Tu regardes un dvd que t’a acheté à 150 da, que le vendeur il a pas compris pourquoi tu aimais les films français.

Après 1h25 de phrases d’auteurs, t’as comme une envie de prendre une voix rauque et de dire des choses intelligentes, douces et profondes.

Un jour tu les diras, mais il faudra repasser pour ça.

 

Mamzelle Namous