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Archive du mois : février 2011

Jeunes vies aromatisées

Il y a des jours au travail où on nous donne notre fiche de paie. La femme qui les distribue me fait penser à Kenny de South Park. Elle se déplace comme lui et distribue les fiches, que les gens s’empressent d’ouvrir, de grimacer, de mouer de la bouche et de les remettre dans le tiroir. On est trois dans mon bureau alors je les vois. Pendant la pause dej je vais voir combien ils gagnent et en effet la grimace est de rigueur. Pour la première fois j’ai eu ma fiche à moi. Aucune moue n’est sortie de mon expression, juste un énorme What the fuck. Mon salaire c’est le prix de mon manteau. Un trop beau acheté la veille d’un premier rendez-vous, qui dès que je le mets on dirait que l’élégance est née. Maintenant ma petite sœur me le taxe. Maintenant que je connais ma paie, je vais le reprendre. Signe extérieur de richesse d’une ancienne vie. En fait mon salaire c’est aussi la somme limite de mon autorisation de découvert.
A ce  prix là, moi je décide en tout cas que je fais même plus semblant de bosser. Depuis une semaine, j’ai absolument rien fait, je laisse juste trainer un dossier sur mon bureau au cas où quelqu’un d’important se perde et entre.
J’ai téléphoné à ma mère pour lui dire que ça y est, au bout de presque un an, j’avais reçu ma paie. J’ai senti des larmes de joie. Je lui ai donné le montant, attendant les vraies larmes. Elle m’a dit ramène ta fiche, on va voir ça à la maison. Genre comme les bulletins à l’époque, tes parents veulent recompter tellement c’est pas possible que tu sois aussi médiocre mais peut mieux faire.
Comme durant mes années collège (j’étais bonne après au lycée, la violence parentale ayant porté ses fruits), le compte était bon. Ma grand mère m’a dit va voir avec le service paie, y a sûrement une erreur. Ce qu’elle dit exactement à l’épicier chaque samedi matin. Alors, sur ordre des femmes de ma famille, j’ai fais le walk of shame jusqu’au bureau paie. Et de ma voix toute timide j’ai dit que quand on m’a recruté (je devais être bourrée ce jour là) on m’avait dit que je toucherai plus. Le type me sort que ce salaire promis je l’aurai dans quelques temps. Ah d’accord, merci monsieur, bka 3la khir.
Ok rien n’a changé depuis mes 13 ans, médiocre mais peut mieux faire.
Le week end, pour fêter cette première paie, parce que j’étais quand même contente, j’invite une amie à boire un café à l’Aroma. Celui de Dely Brahim. Celui où quand tu rentres, t’as l’impression d’être jetée dans une vidéo d’irban irban. Celui où c’est tellement étroit que tu chopes un cancer du poumon en cinq minutes. Parce que tu sais, fumer quand t’as 16 ans et même pas de tétons c’est vraiment juste trop cool.
Moi le week end quand je sors, j’en profite pour mettre des fringues impossibles en semaine. Les t-shirts troués, les jeans trop jeans, les shoes embouées. Eh ben l’Aroma, c’est l’antichambre d’un mariage princier. Y a une fille qui avait une robe à volants et une rose au poignet, comme si qu’elle allait à un bal de promo. Alors que mon amie me racontait sa vie, je guettais les entrées et sorties, et le seul truc qui sortait de ma bouche c’était What the fuck.
Pourquoi se mettre son 51 (parce qu’on largement dépassé le 31) un samedi aprem pour aller boire un jus à Ain allah. Rien que le nom Ain allah ça donne envie de sortir en jogging.
Et les filles ça défile aussi dans un café, ça fait des allers retours, ça donne le tournis.
Ca donne envie de déguerpir et de dire « plus jamais ça ».
A la recherche d’un coin plus tranquille avec mon amie, on tourne dans les rues de Dely Brahim quand on trouve un restaurant turc (turknaz ou turkuaz). On entre, l’endroit est potentiellement sympa. On s’assoit  et le serveur vient nous voir direct avec deux gâteaux. On a pas commandé ça, dirons-nous. C’est exigé, dira-t-il. Hein ? On répondra. On veut pas de ça, on rajoutera. C’est exigé.
Ok puisque c’est exigé on va les manger tes gâteaux. Et on a rigolé pendant une heure du type qui confond c’est offert et c’est exigé. On a ri jaune quand on a vu sur la note deux gâteaux, 400 dinars. What the fuck, le type parle bien français. On fait une mini chaklala, on aligne et on fout le camp. Plus jamais ça. Naze, médiocre, peut pas mieux faire.
Plus je sors et moins j’ai envie de sortir. Préfère rester chez moi et regarder South Park, ça me fera des économies.
Mamzelle Namous

Lesbienvenue

Les amis je suis happy, je pars au sud, depuis le temps que j’en rêve. Je vais là d’où le pétrole vient, là d’où l’on vient en quelque sorte. Pour l’occasion, je vais bien me coiffer (ça m’a été ordonné en fait) et à mon retour je pourrai dire « Si t’as pas vu le sud, t’as rien vu ».
Ils disent tous ça. Pareil que « ma vie a commencé quand j’ai eu un bébé ». Un jour, dans quelques années, je pourrai dire ça aussi, peut-être, j’espère, nchallah ya rabi nchallah.
Je voyagerai pas avec air algérie , parce que depuis mon billet sur ce blog, je suis signalée chez eux et le syndic poste des coms méchants. Du coup je vous parle quand même de mon précédent voyage ou pas ? Allez si ! C’était dans un pays pas si lointain, la France. Et c’est  moi qui avait pas d’ordi, donc pas d’internet, mais j’ai pu être dépannée par quelqu’un qui m’a prêté son Ipad. Trop la classe. Merci mamie.
Jour du départ, à l’aéroport, je subis une fouille corporelle poussée, très poussée. J’étais pas la  seule, dans l’avion j’ai entendu deux nénettes se plaindre de cette fouille, que ça les avait embarrassé, qu’elles étaient sûres que la fliquette était lesbienne. Et que les lesbiennes étaient des malades. Elles se sont tournées vers moi pour me demander mon avis, et j’ai dis que moi j’avais pris mon pied. Regard tellement noirrrr que même mon khôl il a eu peur et il a coulé.
Bon j’aimerais bien vous parler de la vision de l’homosexualité ici en Algérie, mais je saurais pas quoi dire. Parce qu’il n’y a pas d’homo ici, juste des messages lesbiens dans les toilettes des facs. Juste des non dits, des regards, des tabous, des bars spéciaux, des faux culs. 
Quoique j’aimerais bien en parler tout de même de ce rien. Il y a quelques mois, en petite amie dévouée, et après m’être polluée l’esprit d’épisodes de Sex and the City, je décide pour l’anniversaire de mon petit ami de l’époque de lui proposer un plan à 3. Avec une autre fille. Eh ben le mec il déteste tellement les lesbiennes et apparentées qu’il m’a fait une scène et on s’est quittés. Aujourd’hui il sort avec une hijabiste qui porte un voile couleur léopard, des slim cuir que même Kate Moss elle oserait pas porter et du maquillage flash kifou makash.
Comme on est voisins, je les croise souvent. 
Pas de regrets, pas de rancœurs, je suis très bien avec mon nouveau petit copain, qui lui est ouvert pour un plan à trois (soyez pas effarouchés, on admet bien la polygamie, pourquoi ne pas étendre ça au lit!). On est juste pas d’accord sur le choix de la fille. Un jour, en plaisantant, je lui dis pourquoi pas quelque chose avec un autre garçon. Regard noirrrrr qui a fait couler mon khôl. Bon ça c’est universel ce rejet des hommes par les hétéros.
Mais l’homosexualité est un grand 3ib[1] ici. J’ai entendu parler d’une esthéticienne qui s’est fait virer parce que deux clientes se sont plaintes que ses massages allaient trop vers le haut de  la poitrine. Elle est maintenant taxée de lesbianisme aigue, alors qu’elle voulait juste bien faire son boulot.
Sinon y a ma collègue de bureau, qui chaque matin me raconte ses aventures extra conjugales, mais qui se sidère du mariage gay. Un jour elle m’a demandé si j’avais de bonnes séries à lui conseiller, je lui ai parlé de The L Word. Elle m’a répondu «  Beurk, c’est pour les lesbiennes ». Ah oui c’est vrai, au même titre que Docteur House est réservé à un public de médecins.
Je perds le fil, je devais vous parler de mon voyage. Alors il s’est rien passé de spécial. Au retour, je trimballe toujours des valises trop lourdes, et je tente de sortir les mêmes prétextes pour pas payer d’excédent de bagages. S’il vous plaît monsieur, je viens de finir mes études et je déménage, c’est normal d’avoir plein d’affaires. Ca marche presque à tous les coups. Sauf la dernière fois où le type m’a sorti  avec un regard noirrrr « Mademoiselle, vous m’avez déjà dit ça y a six mois ». Il a fallu que je tombe sur le même et qu’il me reconnaisse. Ensuite j’ai fait mon air de chien battu (c’est pas difficile pour moi, surtout avec le khôl qui coule), je lui ai fait pitié et j’ai pas payé. Encore une victoire de canard.
Avant d’embarquer dans l’avion, on m’annonce que je suis surclassée. Dans ces moments là, alors que ton cœur danse la rumba, tu fais un sourire poli et tu dis ah c’est bien merci. De la classe affaires j’ai mangé des crabes pannés (c’est pas mal), un brownie gélatineux (c’est mal). J’ai zieuté la première classe, y avait des filles aux parfaits petits bagages vuitonisés, alors que mes valises à moi elles sont toutes bossues de partout. Même pas je les envie.
Et j’ai vu devant moi  une femme, simple et classe, qui lisait un livre, en soulignant certains passages. J’étais curieuse de savoir de quoi il s’agissait, c’était très chic comme gestuelle. Elle s’est tournée et m’a souri. Un sourire doux et lumineux, un de ceux qui réconcilient les lesbiennes et les malades, qui remettent le khôl à sa place, un de ceux qu’on aimerait voir plus souvent.
Quoi je suis lesbienne ? Mais non, y a pas d’homos ici,  que des clandestins et des refoulés à la frontière. Souriez, vous êtes bien arrivés à Alger.
Mamzelle Namous

[1] Un truc honteux

My very first guest

Du nouveau dans la rubrique invite! D ‘autres textes vont bientot suivre, n’hesitez pas a cliquer dessus!

mamzelle namous

Drague moi si tu peux

Après quelques années en France, je me suis rendue à l’évidence que les français ne draguent pas. D’où la difficulté de faire des rencontres. En Algérie, les hommes n’ont pas ce problème.
Ils ont la langue facile. Évidemment je parle des gars qui vous accostent dans la rue, de la « drague sauvage ». Pas de ceux que vous rencontrez chez des amis et qui comptent vous séduire en vous parlant de leurs projets immobiliers à ouled fayed…
Dans la rue, certaines filles qui n’ont pas froid aux yeux pratiquent aussi la drague sauvage. Ce sont en général celles qui ont froid aux cheveux.
Bien sur, on regorge tous de dizaines d’anecdotes (que dis-je, de centaines) sur les relou qui nous emmerdent.  Il faut saluer l’imagination des garçons, la vulgarité des filles, et se préparer psychologiquement à chaque sortie. Un matin où je sortais très tôt faire imprimer un papier parce que plus d’encre à la maison, même pas ptit déjeunée, j’ai entendu une phrase à mon encontre digne d’un film porno. Pourquoi tant de haine ?
Un jour de printemps ou j’ai dû marcher une minute pour rejoindre ma voiture, et que j’avais une robe même pas très courte, même pas moulante, j’ai récolté un commentaire par mec croisé. Le plus mémorable étant «  Heureusement que je suis marié ». Ah parce que si t’étais pas marié, il se serait passé quoi au juste ?
Ce qui m’étonne surtout c’est le manque de conscience des mecs. Ils sont inchoufables[1] mais ont la certitude qu’ils ont des chances avec n’importe qu’elle fille. Un jour que j’étais à la plage, le matin, seule, tranquille, avec mon maillot Eres (enfin ça aurait pu être un Eres) à bouquiner, je me tourne pour voir l’horizon, et vois un mec d’au moins 50 piges avec une chiée de gosses. Le genre qui bouffe de la pastèque et du pain à la plage. Et là je vois le vieux qui me fait un signe avec son téléphone. Il a cru qu’en gigotant son téléphone, j’allais courir lui donner mon number ?
C’est pas le mec qu’a bien vieilli genre Richard Gere, juste le vieux typique bedonnant dégoutant. Et ce mec là croit sérieusement que tu peux t’intéresser à lui ! Toi qu’as travaillé dur pendant un mois pour avoir le ventre plat (ou presque), qui bosses scrupuleusement sur ton bronzage, qu’as dépensé des sommes faramineuses pour que ta masse de boucles te tape pas la honte quand tu sors de l’eau, qu’as enfin appris à te faire un maquillage de plage, toi qui as une crème pour chaque partie du corps, et qui espère donc pécho du mec à la hauteur de tes investissements corporels.
Et le vieux, tout con, tout content, dans quel monde il vit ?
Quand j’en ai parlé à ma cousine, elle m’a dit qu’il tente le coup parce que certaines filles sont intéressées. Peu importe à quoi il ressemble, ce qu’il est, ce qu’il n’est pas, l’essentiel est qu’il lui paie certains diners, certaines fringues. Pauvres filles désespérées.
Moi j’ai déjà quelqu’un qui me paie tout ça, il s’appelle l’autorisation de découvert bancaire.
Ca peut aussi s’appeler un salaire. Une bourse. Des parents. Des économies. Une allocation chômage. Un braquage de banque.
Et si rien de tout ça, eh ben ma foi, faut se passer de certains luxes. Le naturel, c’est bien aussi ! Un jour j’essaierai. Un jour j’y arriverai.
Tout ça pour dire qu’il faut avoir conscience de ce qu’on est et de ce qu’on vise. Les marges de manœuvre sont larges, mais faudrait quand même que les algériens ouvrent les yeux de temps en temps. C’est pas parce qu’on est célibataires, qu’il y a plus de filles que de garçons, qu’on est toutes matérialistes, qu’on rêve toutes d’un mari, et d’un amant en l’attendant, qu’on est prêtes à accepter n’importe quoi.
D’ailleurs, même le coup de je te drague en te donnant le prix de l’appart que je vais acheter, y en a un peu marre. Dans la vie, y a deux catégories de garçons, ceux qui se vendent en vous parlant de leurs plans épargne-logement, et ceux qui vous vendent du rêve en vous abordant timidement dans un avion, un quai de gare, un petit café, une agence de recherche d’emploi, une boulangerie. Et deux catégories de filles correspondantes, celles qui ont des plans et celles qui ont encore l’envie de rêver.

Mamzelle Namous



[1] Trop moches

Guest star

Bonjour à tous. Hier soir quelque chose d’extraordinaire s’est passé, le blog jeune vie algéroise a dépassé les 10000 visites! N’est ce pas incroyable! L’occasion de célébrer ça en lançant un truc qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. Since le commencement du blog , je lis des messages et commentaires de gens qui me disent qu’ils ont aussi des choses à raconter mais qui ont pas forcément l’envie ni le temps de pondre  un billet chaque semaine sur un blog. Et je me suis sentie un peu bizarre vis à vis de ça, parce que je veux connaître les histoires des autres! Et c’est dommage de pas publier un texte juste parce qu’on en a qu’un ou deux. Alors je voudrais partager l’espace de ce blog, à travers une rubrique spéciale  » L’invité », qui diffuserait des textes d’autres personnes. Il suffit juste que ça parle de l’Algérie, peut importe le style, le ton, l’inspiration. Si ça me plait je diffuse. Si ça me plait pas faut pas m’en vouloir! Ca peut être une fois par semaine, plus ou moins. Pour plus d’infos, cliquez sur la page (en haut là) « l’invité de mina ». Oui le nom de cette page vient de changer en quelques lignes, je la crée dans quelques minutes!
Alors n’hésitez pas à m’envoyer vos articles, je les volerai pas promis!
Mamzelle Namous