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Archive du mois : avril 2012

Commentaire!

Hier, suite à la dernière publication, j’ai reçu ce commentaire :
 » Pour le coup je ne me dis pas la même chose. Je serai bien plus heureuse ailleurs, ce qui me retient c’est les miens, je ne peux pas envisager de ne pas être là le jour où l’un de mes proches mourra. En un mot ce qui me retient c’est la mort. En même temps ce pays tellement dur à vivre agit comme une sorte de catalyseur chez les bienheureux, il les pousse vers l’essentiel. L’Algérie est intellectuellement stimulante mais c’est aussi une source d’angoisse permanente.  Beuh.« 

Je ne suis pas complètement dans la même logique, mais avec la  phrase  » ce qui me retient c’est la mort » Beuh ( savoureux pseudo!) a mis les mots sur plein de choses qu’on identifie mais qu’on ne rationalise pas. Vais pas rentrer dans les détails, parce que ça va être morbide, mochement triste et maniéré, que je vais me mettre à pleurer, que  la khnouna*  va couler  et qu’on se dira « bouh ce blog c’est plus ce que c’était!« . 

Mais hier, j’écrivais un billet où je disais que j’aimais trop rire pour quitter Alger, et où je me rendais bien compte de la possible légèreté de cette motivation. Sans pouvoir mettre la main sur quelque chose d’un peu plus essentiel. 
Beuh l’a fait pour moi! 

Y a quelques semaines, une bonne femme m’a dit «  je suis sûre que t’es rentrée parce qu’on t’a pas renouvelé ta carte de séjour« .  Y a des gens qui voient que du moche dans les choix qu’ils ne peuvent pas concevoir , et jamais les êtres derrière les actes. 
Je suis contente qu’ici on arrive à se partager pour de vrai!


Mamzelle Namous

*Faut-il vraiment traduire ce joli et tendre mot? 

Risible légèreté de mon Être

Ma soeur, celle qui s’est barrée en Asie, elle me manque. Elle me manquait déjà avant son départ, quand elle préparait son projet, et je ne savais plus quoi faire pour la retenir.
Là, le temps passe et ça empire. Souvent je l’appelle et je la supplie de revenir, car égoïste je suis. En général, elle sourit et me dit «  Je peux pas, à cause du travail. Viens toi, plutôt« .  J’y pense trois minutes, je visualise un peu les choses , et je suis prise de panique. Car en ce moment, pour des raisons qui me sont floues, je ne me vois pas vivre ailleurs qu’à Alger.

Hier matin, je harcelais encore ma soeur pour qu’elle revienne et elle m’a avoué qu’elle  n’avait jamais été aussi heureuse qu’à Alger, malgré les difficultés.
Dans sa vie, elle a pas mal vadrouillé, oublié où elle était née, et habite actuellement dans un cadre paradisiaque.  Alors, le caractère irréductible de son affirmation peut paraître légèrement décalé de la réalité! Mais je ne vais pas me lancer dans un réflexion sage et moite  sur le sens de la vie,  y a les livres de Kundera pour ça.
Alger, c’est chiant. C’est une ville associée à l’ennui, pour cause de plein de raisons. Les hommes crachent partout et tout le temps. J’ai toujours peur que mes lacets ne se prennent un crachat et j’ai envie de crier à la horde des mecs-crachoirs  » la salive ne tue pas, vous pouvez la garder pour vous!« 
Mais on a la  chance, ici, de pouvoir prendre beaucoup de hauteur vis-à-vis des petites et grandes choses de la vie. On vit dans la galaxie du destin et on sait accepter, avec sagesse, la fatalité.  Parce que la vie est régie par une notion qui semble très simple, tant elle est ordinaire : « el mektoub« . ( Le grand destin dont nous ne maîtrisons rien).
T’as pas eu ce job  » maalich, kelchi bel mektoub« , ton arrière grande-tante est morte « hada houwa el  mektoub« , t’as raté l’homme de ta vie , pareil.
La robe que tu voulais acheter n’est plus disponible en taille 34, la vendeuse te dira, avec tout le mélodrame dont sa voix est capable « maketbetlekch, hada maken mademoiselle ». 
On aime en faire un peu trop avec l’irréel.

Toujours est-il que comme ma soeur, je ne suis jamais aussi heureuse qu’à Alger.
Je suis incapable de dire pourquoi, mais la simple pensée d’un déménagement dans un autre pays me met de la nostalgie à la gorge.  Sans en être sûre, je crois que c’est à cause des éclats de rire. Des remarques et des situations piquantes et hilarantes  typiquement algériennes qui surgissent partout et tout le temps. C’est rien, ça fait rire une minute, sourire quand on y repense, ça passe. Et la leguia reprend ses droits.
C’est sûrement trop creux comme motivation ou explication. Mais  cet humour algérien, on a du mal à s’en passer. Il  donne une allure au quotidien et rythme une vie.
Alors quand ma soeur me dit  » je n’ai jamais aussi heureuse qu’à Alger« , je la crois, je la comprends, et j’ai sa phrase en héritage.
Mamzelle Namous