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LA VIE ARABE

 

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C’était un vendredi matin, fin de matinée, y a quelques semaines à Alger, dans mon quartier de vis-à-vis, vue-à-vue et de vis ma vie
Je crois que ma mère et ma grand-mère attendaient la prière à la télé, que mon frère dormait, et que mon père faisait les cent pas dans la cuisine . 
Moi j’ trainais près de la fenêtre, je regardais la jeune voisine d’en face faire son ménage. Elle s’y prend un peu plus tard le vendredi, c’est le week-end, la liberté, la folie . 
Elle aère les draps, pose des petits tapis sur le rebord du balcon et passe le balai, puis la serpillière. Un processus bien coordonné sous mes yeux. Pour l’occasion elle ne porte pas son voile, même si des gens peuvent la voir. Je remarque qu’elle a teint ses cheveux en blond, ça lui va plutôt bien. 

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Saint-Vincent-et-les-Grenadines

edward hopper

 

 

J’en avais un peu parlé sur instagram , j’ai parfois envie de faire des choses différentes avec le blog, de faire un peu de récit, comme on djit. Ce n’est pas la première fois, mais là c’est un peu plus long, c’est peut-être le début d’une histoire, que je posterai au fur et à mesure si ça vous intéresse. Ou ça s’arrêtera peut-être là, comme certaines histoires d’amuuuurrr! lire la suite

How to Roll

Ari set cohen

 

 

A Said Hamdine , j’ai vu  cette femme d’un certain âge qui parlait de ses mains bien abîmées, et du vernis semi-permanent qu’elle avait fait poser y a quelques semaines. Elle était contente qu’il ait aussi bien tenu, que c’était chouette pour les fêtes! L’esthéticienne lui demande si elle veut en remettre.
– non non j’ai une chimio agressive bientôt, c’est pas la peine.
– en tout cas vos cheveux sont magnifiques !
– ça c’est une perruque, faut bien agrémenter les choses parfois ! ( courte et grisonnante la perruque, vraiment super)
Elle parle d’une façon très enjouée, parle beaucoup de ses mains et ongles, attache beaucoup d’importance à certains détails, tout en s’en moquant un peu.

 

J’aurais voulu la regarder un peu plus mais je devais y aller. Pour rentrer, j’ai pris un taxi clandestin, j’avais envie de dormir et lui de parler. De tout, du temps qu’il fait, de l’hiver qu’on a pas eu, d’Aït Ahmed et de sa maison en face de l’ambassade British, de l’hypocrisie des algériens, que ce pays marche à l’envers. Regarde Boudiaf, les français l’ont pas tué, les algériens s’en sont chargés! …………………
J’ai essayé de comprendre le semblant de logique de cette dernière phrase mais j’ai pas pu.

 

J’essaie de fermer les yeux mais il en remet une couche sur les embouteillages et tous ces gens qui sortent juste pour tourner, ils font le plein et ils vont rouler. Ils roulent des heures juste comme ça. J’ai peur qu’il se mette à disserter sur l’augmentation du prix de l’essence mais non ça va . Il me dit juste que lui il sort jamais sans raison. Tiens regarde, y a des gens qui s’arrêtent sur la route juste pour regarder dès que quelqu’un se fait  arrêter ou change une roue, ça crée encore plus de bouchons mais les algériens lazem ichoufou*!
Quand on passe près du zoo de ben aknoun il me dit que les animaux y souffrent. Avant avant c’était bien mais maintenant c’est n’importe quoi là-bas, par contre le jardin d’essai c’est très beau, mais bon des fois la fréquentation chuia chuia… Ouais j’ suis d’accord.

 

Je regarde par la vitre et je vois un homme cracher à travers la sienne.
Les hommes qui crachent maman ….

 

On finit par arriver, il fait presque nuit. Sa dernière phrase sera, comme pour compenser, et avec un petit sourire en coin : « Alger c’est quand même beau le soir ».
J’ai  envie de répondre même le jour, mais avec tout le moche qu’on a vu,  je ne suis plus vraiment très soûre.

 

500 dinars , ya3tik saha , merci au revoir, ethalay. Il va retrouver ses enfants qu’il a pas le temps de voir la journée, il cumule deux boulots. Je le trouve soudain bien brave et même pas si chiant que ça.
Je repense à cette femme qui va avoir sa chimio agressive dans quelques jours et qui garde toute sa coquetterie et dérision.  Au milieu de tous ces crachats et tournages en rond, y a des gens qui savent rouler  dans la vie avec courage et humour, c’étaient eux la beauté de la ville ce jour-là.

 

 

Mamzelle Namous
*Il faut qu’ils s’arrêtent ou qu’ils ralentissent pour regarder!

Take a Chance on Me

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2016… Mes amis sur les réseaux sociaux se partagent en deux catégories : ceux qui ont passé une super année 2015 avec plein de challenges, accomplissements et réussites et qui en attendent encore plus de l’année qui commence. En gros, ceux-là soit ils ont moins de 24 ans, soit je les connais peu ou pas.
Et une grande majorité de gens qui sont là à dire  année de merde, j’espère que 2016 sera meilleure. Ceux-là, je les connais bien. Ce sont en général ceux qui n’ont pas de plan le 31 décembre et qui t’envoient à 17h « kech plan? »

 

Je ne peux pas dire que c’était une année de merde, mais malgré quelques jolies choses, ce fut une année un peu fade…sans raison particulière. Je sais que je ne suis pas la seule à l’avoir vécu comme ça, ç’a l’air d’être quelque chose qui est dans l’air du temps. C’est assez rassurant quand ton entourage plus ou moins proche semble partager ce ressenti, mais c’est aussi un peu effrayant. Peut-être qu’à force de n’espérer que de la sérénité,  de l’absence de regrets, on finit par avoir ce qu’on veut , mais on tombe dans quelque chose de plan-plan.

 

Une amie me disait que parfois elle sent que sa vie manque de piment, mais elle chasse sa pensée en se disant elhamdouleh, qu’elle est en bonne santé, sa famille aussi, un toit sur la tête….qu’elle n’a pas le droit de vouloir plus, et elle culpabilise même d’espérer plus.
Elle est pas la seule, j’ai plusieurs copines qui commencent à se plaindre parfois ( j’ai pas de mec, je me fais chier,  mon boulot me soule, j’ai pas assez de fric, je voyage pas comme je veux, mes hanches débordent, j’ai raté mon sourcil)  mais qui ajoutent illico d’elles-mêmes: mais bon kayen saha ou l’hna ( j’ai la santé et la sérénité), allez j’ai pas le droit de me lamenter sur mon sort.

 

Alors oui se lamenter ne sert pas à grand chose, sinon à faire du bien parfois, mais j’ai l’impression qu’on finit un peu par se complaire dans cette sérénité, qu’on a tant recherché et qu’on a tant peur de perdre.

On a tellement peur de la perdre qu’on ne s’autorise plus de grains de folie, de grands moments, de wouwwouwouuuuu! Pas de risque, pas de chute vertigineuse, pas de regrets. On est plus serein oui, mais Dieu qu’on se fait chier!!

Alors j’espère qu’en 2016 on sera prêts à se détendre un peu, à s’autoriser des déraillements et à s’amuser un peu plus avec nous-mêmes!

 

Mamzelle Namous

 

Paghee

 

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Il parait qu’il faut écrire quand on est encore dans la tristesse pure. Comme dans un chagrin d’amour, pour décrire exactement ce qu’on ressent. Après, on ne fait que se souvenir. On dit que parfois il faut écrire sans recul, mais c’est pas facile, parce qu’on a tendance à prendre du recul tout de suite, à petit-analyser, à comparer.

 

Le samedi matin, j’étais à Paris, mais propulsée à Alger, il y a un million d’années. Les matins après les nuits sanglantes, la ville morte, les rues vides. Tout lugubre, tout marron, tout enroué dans la gorge et le ventre.

La veille, les évènements se succédaient à Paris, les morts se comptaient et les seuls mots horrible, putain venaient. Ce n’était presque pas réel, ça le pouvait pas. On a même trouvé le moyen de faire de l’humour noir après quelques heures, parce que c’est ce qu’on faisait en Algérie, on expirait par le rire. On vidait nos poitrines et ventres de cette horreur.

 

Mais le lendemain, on a commencé à voir les photos des personnes disparues, un grand frère, une petite soeur, un ami, et ça a pris une tournure tellement plus bouleversante. Les nombres et les adjectifs avaient un visage, des vies, des anecdotes. Quelqu’un a écrit qu’il fallait raconter l’histoire des victimes, et non des terroristes. Ce quelqu’un a raison. C’est peut-être ce qui nous a manqué dans les années 90, il y avait les récits des abominations, des témoignages, quelques photos , mais pas encore les réseaux sociaux pour faire entrer autant de visages et de vies dans nos larmes.

 

Sur ces réseaux sociaux, au lieu de jouer ( encore!) à « nos morts sont plus morts que les vôtres » ( personne ne gagne à ce jeu!), au lieu de ressasser sur la solidarité sélective avec dépit et amertume, regardez plutôt les visages. Ils n’ont pas de frontières, ils viennent se nicher dans les tréfonds de nos ventres, et c’est là, l’humanité.

 

mamzelle namous