Pour la journée de la femme ( journée des droits, journée internationale, fête de la femme, peu importe finalement le nom qu’on retient puisque c’est chaque année un peu le même cirque), j’aimerais qu’on parle du corps de la femme. Ce corps qui au coeur de toutes les attentions, sur lequel chacune et chacun a un avis, même quand ce corps lui est extérieur, surtout s’il lui est extérieur. Ce corps épié, méfié, malmené, jugé. Jugé lorsqu’il se montre un peu, beaucoup…beaucoup trop. Lorsqu’il ne se montre pas assez. Ce corps jaugé lorsqu’il se cache derrière certains accoutrements. Ce corps dont on attend qu’il soit ouvert, détendu, souriant, gracieux, fier, mais sans agressivité. Toujours avec douceur.

 

En dehors des autres, seule avec soi-même, ce corps avec lequel on peut avoir beaucoup de mal, ce corps qui embarrasse, cette peau qu’on a envie d’arracher parfois. Qui devient insupportable et qu’on voudrait ensanglanter, jusqu’à en devenir fou.

 

Parfois c’est hormonal, parfois ça ne l’est pas, c’est juste ta tête qui ne supporte plus ta peau et qui ne sait pas quoi en faire. C’est plus facile à accepter quand c’est hormonal, quand c’est quelque part dans ton cycle. Il y a une explication claire, biologique, légitime qui abrite ton mal-être. Ta chair est ton ennemie et tu luttes, mais c’est normal on te dit. Y a des médicaments pour ça tu sais.

 

Mais il faut tout de même le sortir ce corps, l’habiller, le présenter au monde, le faire parler avec d’autres, alors que parfois on a juste envie d’y enfoncer ses ongles et de l’enfoncer quelque part. On s’en veut d’être comme ça, alors on se débat contre soi-même.

 

Un jour j’ai écouté un  podcast où une blogueuse était interviewée. Entre autres choses, elle parlait des phases du cycle qui influent parfois beaucoup trop sur le moral. Ou même de moments de malaise qui n’ont rien à voir.  Et elle racontait qu’avec le temps, elle a appris à être attentive à ses phases et à les respecter, et à adapter son quotidien à son corps.  Et non pas l’inverse. Ça tombe sous le sens finalement, mais on ne le fait pas. Au lieu de suivre son corps, on lui en veut et on lui imposerait presque une contre-nature.

 

Ç’a presque été une révélation féministe pour moi, ne plus voir mon corps comme un ennemi, mais suivre ses ondulations. Les périodes où il a moins envie d’aller vers les autres,  je ne le forcerai pas. Je nous ne forcerai plus. Si parfois il a mal, alors que rien ne l’explique, j’essaierai de ne pas me dissocier de lui.

 

Ensuite, il y a le regard des autres sur le corps des femmes. Parfois d’une violence inouïe. Au delà de l’aspect physique, de la silhouette , il y a l’immixtion dans ce qu’il y a de plus intime et qu’on voudrait nous faire échapper. Je vais prendre un exemple tout bête, complètement anecdotique. Deux copines, à Alger, célibataires, ont opté pour l’épilation définitive, chez deux dermato différentes. Elles ont demandé une épilation intégrale du maillot. Et dans les deux cas, comme elles étaient célibataires,  LA dermato leur a dit un truc du genre :  «Vous voulez pas réfléchir un peu? Peut-être que votre partenaire ou mari n’aimera pas ».

 

Je trouve  ahurissant qu’un médecin fasse passer  la réaction et les goûts d’un éventuel mari ou copain avant le souhait exprimé par la fille en face. Evidemment, tu peux toujours inviter ta patiente à s’interroger sur son choix, mais par rapport à ses envies à elle .
Eh ben non, ta chatte c’est l’affaire de ton mec. Même s’il n’existe pas encore.

 

C’est juste un exemple parmi tant d’autres, plus profonds encore, des choses que les autres projettent sur nous, et qu’on finit par incorporer. Au point parfois d’arriver à ne plus savoir ce que l’on veut, et même ce que l’on est. Une identité féminine perdue, entre ses attentes et celles des autres, ses peurs, des contradictions qu’on a même plus le « droit » d’avoir, des envies qu’on s’interdit même parfois de ressentir.

 

Puisque la journée de la femme est une fête, qu’on nous offre des roses, un cadeau ou une après-midi, alors exprimons des voeux. Moi je vous souhaite d’entendre votre corps et de vous entendre avec lui. S’il y en a bien un qui ne vous mentira jamais, c’est lui.

 

 

Mamzelle Namous